La rumeur veut que l’ex-président gardait dans un presse-papiers un grand trèfle à quatre feuilles, que Laurent Fabius refuse de passer sous une échelle, que Pavarotti se produisait sur scène avec un clou tordu dans sa poche ou encore qu'Andre Agassi conserve la même serviette en cas de victoire. On en parle, d’ailleurs, sans être sûr que c’est vrai.
Ce sont des exemples de petites ou grandes superstitions que plus de deux Français sur cinq déclarent partager. «Cela augmente à chaque sondage et aujourd’hui ils sont 41 % à se déclarer superstitieux», relève Éloïse Mozzani, auteur du « Livre des superstitions : Mythes, croyances et légendes ». «Pendant longtemps, la superstition a été mal vue en France. Critiquées par les philosophes du siècle des Lumières et pendant tout le XIXe siècle, ces croyances étaient considérées comme une faiblesse d'esprit», rappelle-t-elle. «L'athéisme est le vice de quelques gens d'esprit, et la superstition le vice des sots», se moquait alors Voltaire. Les Français ont néanmoins conservé leurs superstitions, «tout en s'en cachant», explique Éloïse Mozzani. Et depuis quelques années, on cesse de le cacher. Preuve en est, la folie du mariage qui a gagné l'Hexagone pour la date symbolique du 7 juillet 2007.
Bon gré mal gré, bonne chance ou malchance, sans y croire vraiment mais sans vouloir prendre de risque, nombre de Français fabriquent eux-mêmes leurs croyances. Optant pour des grigris comme le bracelet brésilien, ou des objets traditionnels comme le fer à cheval. Parmi les grands classiques, le trèfle à quatre feuilles fait figure de favori puisque 37 % des Français estiment que cette trouvaille porte chance.
Voir une étoile filante et toucher du bois représentent aussi un bon présage pour environ un tiers d'entre eux.
Quand on en vient aux signes de malchance, les habitudes se font plus puissantes. Presqu'un Français sur deux évite en effet de poser le pain à l'envers sur la table. Quatre personnes sur dix refusent de passer sous une échelle et une sur trois d'ouvrir un parapluie dans une pièce !
Une part de la population préfère rester discrète. Ainsi, le vendredi 13 n'est un jour de chance que pour 17 % des Français. Dans le même temps, 41 % déclarent avoir joué à des jeux de hasard ce même jour.
Moins complexés, les 15-34 ans se disent pour leur part superstitieux à 51 % contre seulement 31 % des plus de 60 ans. Enfin, les croyances évoluent selon les régions. Au premier rang, l'Auvergne affiche 48 % de superstitieux. Viennent ensuite la Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, l'Alsace et la Haute-Normandie.
Heureusement, le nombre de superstitieux pathologiques, qui sont atteints de troubles obsessionnels du comportement, «reste stable, autour de 2 %» rassure Valérie Jalfre, psychiatre à l'hôpital Cochin-Saint-Vincent de Paul.
En Alsace il y a plus de personnes qui s’affirment superstitieux qu’en Île-de-France.
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